La lune d’O dans le miroir
Ébloui par ce décor d’île de Pâques, les pieds mouillés, autour de rien, posé sur un rocher raboté, cherchant vers l’horizon le lointain, ma pensée divague, puis se perd.
Éclairant, avec ma lanterne de cire, une nuit lunaire déjà brillante, évoluant dans l’atmosphère confortable d’un souffle doux continu, soleil nocturne d’une nuit étoilée.
Surpris, se miroitant dans la belle bleue endormie, portant juste l’eau de son parfum, constatant sans effroi, les multiples rides qui constellent son visage poupin avec une sérénité touchante.
Le ciel sombre pour bleu, ce soir une fois cette année, les phares et balises peuvent se rhabiller, laissant les frêles esquifs prudents, au port déserté ou presque.
Poussant sa perche mollement au milieu de l’abîme étoilé, le « nocher » capé mène seul sa barque de l’autre côté, coupant au passage la blanche brume démiurge.
La foule en liesse se tient quand même à carreau, malgré les pieds mouillés, ne doutant pas de sa bonne foi pour réparer avec la pièce d’or de chacun. Au prochain tour peut être…Pour l’heure, tout le monde rentre à la demeure. Certains ne connaîtront d’ailleurs que la cave.
Ce soir de mai, un petit caprice de rien serait de couronner, comme la cerise sur le gâteau, le tout d’une aurore boréale. Alors m’a-t-on dit, pour obtenir ce vert atmosphérique si particulier, il fallait joindre ses deux mains l’une vers l’autre en lisant un vieux fac-similé jauni, puis attendre qu’elle tourne encore deux ou trois fois sur elle-même.
Depuis, je patiente avec la passivité d’un pêcheur à la ligne, se voyant déjà rentrer chez lui pour finalement déguster un bouillon. La canne à la main, j’attends donc le peintre puissant qui saura apporter une couleur différente dans cette nuit, drapée de dentelle, d’un blanc unique, presque virginale.
La tête au-dessus des nuages, il me reste un dernier tour d’échelle, parachevant l’œuvre du réel, de toute façon, les bougies ont presque fini de pleurer leurs larmes de cire – quel chemin de croix pour elle.
Après, plus de lumière, je l’aurais bien cherché, perdu des astres, sans veilleuse, espérant secrètement le vol égaré d’une luciole nerveuse battant de l’aile…
